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    Alexa Martin-Storey se penche sur la stigmatisation, la diversité sexuelle et de genre

    12 janvier 2022, 00h14

    La diversité sexuelle et de genre est de plus en plus présente dans l’espace public, ce qui n’empêche pas les jeunes qui font partie des minorités sexuelles d’être stigmatisés et de vivre de réelles difficultés dans leur famille, à l’école et dans tous les contextes de leur vie. Ces jeunes ont besoin de soutien adapté à leur situation, parce que si leur réalité est maintenant plus reconnue, leur santé mentale, elle, ne s’est pas pour autant améliorée.

    Alexa Martin-Storey se penche sur la stigmatisation, la diversité sexuelle et de genre Alexa Martin-Storey.Photo: UdeS

    C’est ce que constate la professeure Alexa Martin-Storey (UdeS), qui s’intéresse à ces jeunes et cherche à comprendre comment la stigmatisation façonne leur adaptation sociale, leur réussite scolaire, de même que leur bien-être. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la stigmatisation et le développement psychosocial, la spécialiste en psychologie développementale mène de front plusieurs grandes études qui ont pour point commun les conséquences sur la santé mentale de la stigmatisation vécue par les jeunes.

    Selon la professeure, l’image médiatisée du jeune issu d’une minorité sexuelle pour qui tout va bien ne reflète pas la réalité. « Il y a des jeunes issus de minorités sexuelles et de genre qui vont très bien. Ils sont très performants, très heureux et intégrés socialement. Ils vivent ces identités avec beaucoup de légèreté, de joie et de résilience. Mais il y a tous les autres jeunes pour qui l’identité représente des difficultés, surtout au niveau de l’acceptation familiale, de l’acceptation par les pairs… Et il y a toujours des vulnérabilités potentielles. »

    Une blessure profonde

    En fait, ce qui ressort des recherches de la Chaire, c’est que les expériences de discrimination homophobe, raciale ou liée à la santé mentale ne sont pas si fréquentes pour la vaste majorité des jeunes issus de ces minorités. En revanche, ce sont des expériences très marquantes.

    « Ce n’est pas un problème parce que ça arrive tous les jours. C’est un problème parce que, lorsque ça arrive, ça blesse la personne de façon assez profonde », commente Alexa Martin-Storey.

    Lorsqu’on a 12, 13, 14 ou 15 ans, on veut être comme tous les autres jeunes. Une expérience qui nous stigmatise comme une personne différente a un effet profond sur soi et peut avoir des conséquences sur la santé tout au long de la vie.

    C’est pourquoi le concept d’interventions par autrui (bystanders intervention) et d’éducation des témoins fait sa place de plus en plus dans les milieux d’éducation et les milieux communautaires. Lorsqu’une situation de stigmatisation arrive, si le jeune se rend compte que les autres jeunes de sa communauté n’acceptent pas ce type de comportement, c’est en soi un mécanisme de protection.

    Sortir du placard plus tôt, mais...

    Alexa Martin-Storey explique que, lorsqu’il y a une plus grande acception des jeunes issus des minorités sexuelles et de genre, les jeunes ont tendance à sortir du placard plus tôt. « Au niveau du développement, l’exploration d’identité arrive au début de l’adolescence, c’est-à-dire la pire période en lien avec les normes sociales. »

    « Alors même si on est dans une société qui est beaucoup plus ouverte, une collision se produit lorsqu’on commence à explorer son identité et que les pairs sont aussi très anxieux par rapport à leur propre identité. Certaines manifestations de cette anxiété se traduisent par du harcèlement ou le rejet des jeunes qui sont différents », indique Alexa Martin-Storey.

    Par ailleurs, l’équipe de recherche de la Chaire a ciblé deux facteurs individuels chez les jeunes vulnérables pour expliquer la variabilité des difficultés rencontrées : les troubles de comportement, qui sont des problèmes psychologiques, et le soutien social, qui est un facteur de résilience. Comment, par exemple, le fait d’avoir des troubles de comportement lorsqu’on a accès à du soutien social peut-il influencer la santé mentale d’une personne vulnérable ? « Ce que nos recherches préliminaires nous montrent, c’est que le jeune qui a déjà des troubles de comportement vit plus de difficultés lorsqu’il subit de la discrimination, et que le jeune qui bénéficie de plus de soutien social vit moins de détresse », mentionne la professeure.

    Un projet de société et de soutien social

    Pour la spécialiste, ce qui aiderait le plus ces jeunes, c’est de réduire et même d’éliminer les expériences d’homophobie et de transphobie. En faire un objectif de société. Mais, sachant que c’est plutôt utopique, il faut envisager d’autres pistes de solution.

    Par exemple, la majorité des jeunes au Québec qui reçoivent des services pour les troubles de comportement les reçoivent dans le contexte scolaire. Mais Alexa Martin-Storey soutient que les programmes prévus pour la population générale ne sont pas adaptés pour les jeunes issus des minorités sexuelles et de genre.

    « Il faut développer des ressources spécifiques pour aider le personnel enseignant et les autres personnes qui travaillent avec ces populations plutôt que de travailler avec des ressources qui sont faites pour tous les jeunes présentant des troubles de comportement. On a vraiment besoin des interventions et des approches spécialisées et de plus de mécanismes pour améliorer le soutien social dans leur vie. »

    « Le soutien social, c’est un élément important de solution, et en plus c’est la chose qui est la plus modifiable, dit-elle. On peut essayer de diminuer le niveau de discrimination, mais c’est beaucoup plus difficile. On ne peut pas être dans toutes les maisons, dans toutes les salles de classe, et surtout se battre contre les idées que les jeunes se font à propos de ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. »

    L’équipe de la Chaire étudie la stigmatisation liée à la diversité sexuelle et de genre, l’orientation sexuelle, l’ethnicité et le statut socio-économique. Pour l’instant, les problématiques ressortent beaucoup plus clairement pour les personnes issues des minorités sexuelles que pour les autres minorités.

    Des crayons différents et des zèbres sans rayures...

    Si l’on veut changer les perceptions, cela doit se faire dès la petite enfance. Les enfants peuvent avoir des attitudes homophobes, mais pas nécessairement malicieuses, explique la chercheuse. « Lorsqu’on est enfant, les choses qui sont normales sont considérées comme bonnes et les choses qui sont atypiques sont perçues comme moins bonnes. Donc si la majorité des familles ont une maman et un papa, une famille avec deux mamans, ce sera vu automatiquement comme moins bon. Pour changer cette perception, il faut trouver comment normaliser les différents types de famille chez les enfants, et ce, aussi jeune que possible. »

    Les émissions pour enfants qui présentent d’autres modèles ont-elles un impact positif ? « Oui, mais la capacité de généraliser n’est pas très développée chez les enfants. L’information doit être très précise si l’on souhaite qu’elle fasse son chemin en ce qui concerne l’homophobie. Par exemple, on doit montrer qu’il existe des familles où il y a deux papas, que ce sont de bonnes familles et que les enfants y sont heureux. »

    « Utiliser des métaphores en pensant que l’enfant fera le lien par exemple entre les différents crayons de la boite et les différentes personnes dans la société, cela ne fonctionne pas, ajoute Alexa Martin-Storey. Apprendre qu’un zèbre sans rayures est aussi un bon zèbre n’aura pour seul effet que l’enfant aimera aussi le zèbre sans rayures… sans faire de lien avec les personnes différentes. »

    Dans sa vaste quête pour contrer la stigmatisation, la professeure Martin-Storey travaille aussi sur la victimisation relationnelle et indirecte chez les filles. Il s’agit d’une première recherche qui examine cette variable de façon quantitative. Elle pourra éventuellement permettre de déterminer si cette victimisation genrée est associée à une santé mentale plus fragile.

    « C’est un projet où l’on parle spécifiquement de la victimisation genrée avec une emphase sur le slut shaming – victimisation et stigmatisation en raison de comportements sexuels réels ou perçus jugés comme excessifs par autrui. Ce type d’expérience est très fréquemment vécue par les filles. C’est une forme de discrimination qui n’est pas beaucoup investiguée de façon quantitative et longitudinale. »

    Résilience ou fatalité ?

    Traverser des difficultés rend-il les personnes stigmatisées plus fortes, plus créatives, plus ouvertes ? La professeure n’y croit pas vraiment : « Je suis une chercheuse quantitative. Essentiellement je suis experte pour parler en général de ce qui va arriver à la suite de telle ou telle expérience. Cette croyance voulant que la victimisation, les expériences adverses mènent à la résilience, lorsqu’on regarde la population en général, on ne voit pas ce modèle. Tout le monde connaît des individus pour qui ces expériences marquantes ont eu du positif. Malheureusement ce n’est pas ce qu’on voit lorsqu’on regarde l’impact général de ces expériences. »

    Dans ce cas, on pourrait penser qu’être victime de stigmatisation durant l’enfance aura nécessairement des conséquences négatives toute la vie ? « Non. Lorsqu’on regarde les adultes issus des minorités sexuelles et de genre, la majorité ne présente pas de problèmes de santé mentale, mais ces personnes sont par contre plus sujettes à en développer. C’est toujours une question de perspective. Ce n’est pas 100 % des personnes qui vivent telle situation qui vont avoir des difficultés, mais vivre cette situation augmente la probabilité. Et il y a beaucoup de variabilité dans les problèmes de santé », constate la chercheuse.

    Une hiérarchie sociale basée sur la bienveillance ?

    Pour Alexa Martin-Storey, ce qui importe, c’est de documenter les phénomènes qui ont des conséquences sur les jeunes. « Évidemment, je ne suis pas heureuse de découvrir, par exemple, qu’une grande quantité des filles rapportent des expériences de slut shaming. Mais si on n’a pas une idée précise des origines et des attitudes qui mènent à la victimisation, on ne peut pas faire de l’intervention. »

    Par exemple, les chercheurs et chercheuses observent que les programmes visant à contrer la victimisation chez les ados ne sont pas tellement efficaces. Une des raisons serait que, contrairement à l’enfance, où la victimisation est surtout une stratégie utilisée par des jeunes qui présentent de faibles capacités sociales, à l’adolescence, ce sont surtout les jeunes qui sont populaires et intelligents qui intimident les autres.

    « Dans ce contexte, on peut penser qu’une intervention qui vise à augmenter les capacités sociales des jeunes va probablement augmenter leur capacité à intimider les autres, indique la chercheuse. Ceci explique pourquoi on a vraiment besoin de comprendre ce qui mène à des attitudes d’intimidation et le rôle que joue l’intimidation dans la vie des ados. »

    Les recherches montrent d’ailleurs qu’un des rôles de l’intimidation dans la vie des ados, c’est d’établir la hiérarchie sociale. C’est donc dire que des interventions qui permettraient de créer des hiérarchies sociales liées à la bienveillance pourraient réduire la victimisation.

    « Parce qu’une société où tout le monde est en haut de l’échelle sociale, c’est impossible, des hiérarchies sociales basées sur les comportements de gentillesse pourraient réduire le désir des personnes en haut de la hiérarchie de victimiser les personnes qui sont en bas », conclut Alexa Martin-Storey.

    La professeure Alexa Martin-Storey mène de front plusieurs études pour comprendre le développement des adolescents et des adolescentes dont l’identité est stigmatisée. Cet article fait état surtout des deux études suivantes qui se poursuivent jusqu’en 2024.

    « Les difficultés de comportement et l’adaptation sociale selon le sexe/le genre : comprendre les facteurs de risque et de protection, y compris l’impact des services, qui modèlent les parcours d’adaptation des jeunes » est financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC).

    « Victimisation verbale, relationnelle et indirecte chez les filles : Une approche méthodologique mixte pour comprendre le rôle du « slut shaming », des comportements homophobes et du harcèlement sexuel » est financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) et le Secrétariat à la condition féminine.

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