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    Le Duo Wake Island de Montréal, solidaire avec le Liban

    8 janvier 2021, 07h30
         |      Article rédigé par Yves Tremblay.

    Les membres du duo électro Wake Island, formé de Philippe Manasseh et de Nadim Maghzal racontent comment ils se sont rencontrés et leur parcours culturel jusqu’à aujourd’hui, de Beyrouth à Montréal, en passant par New York. Ils parlent de la situation actuelle au Liban, notamment pour les membres de la communauté LGBTQ, dans un pays aux prises avec l’inflation et la corruption. Ils préparent en outre la sortie du titre « Nouvelle Vague », tiré de l’album à paraître début 2021 « Born To Leave ».

    Le Duo Wake Island de Montréal, solidaire avec le Liban Wake Island.Photo: Mohamad Abdouni, stylisme par Charles Nicola

    Au début des années 2000, Philippe Manasseh étudie en finance à l’Université McGill pendant que Nadim Maghzal y est doctorant en biologie moléculaire. Ils se rencontrent à Montréal lors d’un concert et font ensuite partie de la formation pop rock « Intensive Care », constituée de quatre musiciens, avec un Américain et un autre Canadien. Vivant entre Montréal et New York, ils nagent en pleine explosion de l’indie rock de l’époque, avec les formations LCD Soundsystem et The Strokes aux États-Unis, ou encore les Besnard Lakes et Suuns au Québec.

    Par la suite, les musiciens évoluent en duo sous le nom de Wake Island, une signature tirée d’une île au milieu de l’océan Pacifique, entre l’Asie et l’Amérique du Nord, à l’image de leur double identité, leur double appartenance. À partir de 2016, avec la sortie du premier album « Out », qui intègre les guitares à l’électronique, le duo fait la première partie de groupes comme Chk Chk Chk notamment, et multiplie les performances et les tournées entre New York et Montréal. Chaque année, il donne des concerts au Liban et en 2019 le duo élargit ses horizons avec une tournée à travers plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du nord.

    Nadim Maghzal précise que leur intérêt est autant artistique que communautaire d’ailleurs. Wake Island organise également la soirée dansante LayLit, une mensuelle à New York et aux trois mois à Montréal. L’événement « veut célébrer toute la richesse musicale du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. On voulait créer des liens entre notre culture et celle d’ici, au Québec et en Amérique du Nord et tous ces pays qui exportent beaucoup de jeunesse ; beaucoup de gens ici viennent du Maroc, de l’Algérie, de Tunisie, du Liban, de la Syrie, etc. En tant qu’artiste, c’est très important pour nous de créer ce lien, puisqu’on a cette dualité. Nous sommes artistes autant québécois que libanais, donc ca fait partie de notre démarche artistique », précise Nadim Maghzal. La soirée LayLit débute à New York, mais s’est entre autres déroulée au Pied-du-Courant à Montréal en 2019, ainsi qu’à la Nuit blanche et au festival M pour Montréal. Philippe Manasseh souligne que l’événement prenait plus d’ampleur à Montréal que dans la Grosse Pomme, qu’il grandissait en popularité, mais que la pandémie a malheureusement tout suspendu.

    La situation au Liban

    Nadim Maghzal quitte le Liban autour de 2002 et malgré les apparences d’opportunités qui semblent s’y présenter, il sent que le pays va mal de l’intérieur. « On sortait de la guerre civile à ce moment-là, donc ç’avait l’air de vraiment bouger, confie-t-il. En fait, les choses allaient très mal... Il y avait beaucoup d’argent injecté dans le pays, de l’intérieur, de l’extérieur aussi, ça circulait. Mais nous, on sentait que ça n’allait pas bien. En fait, aujourd’hui en 2020 tous ces problèmes ont refait surface. Mais on voyait ces choses-là même avant, de l’oppression, pour la santé, dans notre quotidien, et donc pour plusieurs raisons, on est partis, chacun pour ses raisons. Les miennes n’étaient pas exactement celles de Philippe, mais je pense que le point commun, c’est qu’on trouvait qu’on ne pouvait pas vraiment vivre notre vie sous ces conditions. Donc on cherchait chacun sa liberté et son bonheur, et on trouvait que ça allait nous prendre beaucoup de temps pour développer ça au Liban et on était curieux de découvrir une autre culture, explorer et apprendre... Depuis ce moment-là, on rentre au Liban très souvent. Toutes nos familles respectives y sont encore, les amis aussi, les amis intimes avec qui on a fait tout notre parcours scolaire avant l’université. Certains sont dans la diaspora libanaise répartie un peu partout dans le monde, mais on se retrouve tous au Liban. Et c’est un peu un pèlerinage annuel d’habitude autour du temps des Fêtes. Les cinq dernières années surtout, quand on est devenu Wake Island le duo électro, on s’est mis à tourner beaucoup au Liban et dans la région, alors on y allait souvent, des fois plus qu’une fois par an même, tout ca pour dire qu’on a encore des liens très étroits avec le pays. »

    Interrogés sur leur modus operandi en création, Wake Island précise qu’il varie constamment. Philippe Manasseh écrit la plupart des textes, auxquels Nadim Maghzal rajoute un peu de paroles en arabe à l’occasion, le tout peaufiné en équipe. Pour le titre rassembleur « Lil Thawra » par exemple, où ils expriment leur soutien à la révolution ayant éclaté le 17 octobre 2019 au Liban, tout a été écrit, composé et mixé en moins de deux heures. Philippe Manasseh parle de l’appel à l’unification dans cette chanson, qui serait leur plus grand succès. « Pendant des mois et des mois, dit-il, c’était tous les jours à la rue pour demander la dissolution du gouvernement, pour qu’il s’en aille, parce qu’on est vraiment gouverné par un état assez dictatorial, à l’intérieur d’une démocratie, avec beaucoup de criminels, de corruption, vraiment profonde, et le peuple en a eu vraiment marre. C’était vraiment beau parce que c’était la première fois depuis très longtemps qu’on voyait le peuple uni, qui arrête de se regrouper derrière des partis politiques, qui sont eux-mêmes regroupés derrière des religions, donc c’était beau. C’est encore beau sauf que c’est très difficile parce qu’on fait face à une classe politique très puissante, qui a les mains vraiment partout et ensuite ça s’est empiré avec la COVID et ensuite l’explosion (du 4 août 2020), donc là c’est vraiment la pire année qui puisse arriver au Liban. On était en pleine révolution, mais ç’a doublement été freiné. Le pays va mal. L’argent est bloqué dans les banques, les prix de la nourriture sont 10 fois plus chers qu’il y a un an, une inflation phénoménale, la mayonnaise est à 30$, etc. C’est vraiment très très difficile. L’argent ne se rend pas au peuple via les gouvernements. Malgré la COVID, ce n’est pas la débandade, les gens sont responsables... On aimerait travailler vers un Liban plus autonome, un pays qui importe beaucoup trop. » À cause de sa position géopolitique, avec des frontières partagées avec Israël et la Syrie, leur proximité avec l’Iran, divers conflits ont inévitablement des retombés sur le pays, en particulier sur la jeunesse, croient les membres de Wake Island. Avec leur ouverture sur la Méditerranée, une porte d’entrée sur le monde arabe notamment, les relations internationales de ce petit pays d’environ 4 millions d’habitants ont parfois été bénéfiques, mais aussi parfois désastreuses.

    La communauté LGBTQ

    Depuis 2016, Philippe Manasseh affiche librement son homosexualité. Il raconte que la communauté LGBTQ a toujours été présente à Beyrouth. Il souligne d’ailleurs que le Liban n’est pas reconnu pour être un pays des plus sévères du Moyen-Orient à cet égard. L’homosexualité n’est pas inscrite dans les lois libanaises, en même temps qu’elle n’y est pas légale, mais elle n’est que très rarement châtiée. Il y aurait des cas d’interventions dans le milieu, mais plutôt rarement. « En tout cas dans les 10 dernières années, il y a vraiment une grande évolution de la morale par rapport à ça, mais on est quand même dans une situation encore difficile, surtout pour les plus vulnérables, rajoute-t-il. Je parle de la communauté trans. Elles sont beaucoup mois acceptées que les gais et les lesbiennes par exemple, où c’est déjà beaucoup mieux que c’était il y a 10 ans, mais quand on commence à regarder du côté où c’est un peu plus difficile, moralement je dirais entre guillemets, il y a encore beaucoup de travail à faire. Avec l’explosion, ç’a fait beaucoup de ravage parce que cette communauté n’a pas accès aux aides gouvernementales, ni à la sécurité sociale, tout ça. Mais je me sens assez optimiste de façon générale, parce qu’on dirait que chaque année les choses avancent, même légalement. »

    À titre d’exemple, Philippe Manasseh mentionne que la communauté de drag queens est vraiment grande au Liban, et qu’elle est beaucoup moins cachée qu’avant. Évidemment, comme en Occident, cette ouverture s’observe surtout dans les grandes villes, comme Beyrouth ou Tripoli. Le musicien poursuit : « C’est (encore) difficile, mais je crois qu’on arrive bientôt vers des protections. Puis la révolution a beaucoup parlé de ça. Ça fait partie des droits et libertés, des minorités au Liban, que ce soit la communauté LGBTQ ou la communauté des travailleurs immigrants, beaucoup de travailleurs de la Somalie, des Philippines, du Sri Lanka au Liban, qui sont vraiment maltraités dans un système qui se rapproche beaucoup de l’esclavage, sans l’être, et c’est quelque chose autour duquel il y a beaucoup d’activisme en ce moment, beaucoup d’activisme LGBTQ, notamment en 2019, et ça nous a beaucoup inspirés. On a été très touchés par ces mouvements et on essaye d’en être les représentants à l’étranger, autant que possible. »

    La drag queen Anya Knees apparaît d’ailleurs dans le vidéoclip « Last Ruins » de Wake Island, alors qu’elle vivait encore au Liban. Récemment, elle a émigré à New York. Philippe Manasseh mentionne que leur collaboration est plus constante et plus proche depuis, et qu’ils partagent d’autres projets ensemble. Il rajoute : « Au-delà du fait que c’est une drag queen, c’est un.e artiste engagé, qui nous inspire beaucoup donc on aime beaucoup travailler avec lui-elle. »

    Le plus récent titre du duo électro paraissait le 12 décembre 2020. Il s’intitule « Barzakh » et il clôt un film éponyme, une science fiction qui raconte l’histoire d’une jeune femme déportée sur la planète Mars qui trouve refuge dans un skate park avec une DJ techno. Le court métrage de la réalisatrice syrienne-américaine Karina Dadashi (de NYC) traite des droits des réfugiés et des illégaux, et pourrait éventuellement se développer en série.

    Fin février 2021, Wake Island sortira un nouveau titre, « Nouvelle Vague », qui se retrouvera sur leur deuxième album « Born to Leave », un opus délibérément trilingue, français, anglais et arabe, qui lui paraîtra au printemps 2021. Nadim Maghzal conclut : « L’album comportera trois chansons en français, dont certaines incluent des mots en arabe. C’est comme ça qu’on parle Philippe et moi. C’est rare en fait que dans une même conversation on utilise une seule langue. On mélange toutes les langues tout le temps, et c’est pas juste nous. Vraiment beaucoup de jeunes Libanais parlent et s’expriment de cette façon. Ils vont aller chercher des expressions en arabe, des fois en français, des fois en anglais, c’est comme ça que ça se passe. »

    Qui fait Quoi et Le Lien MULTIMÉDIA mènent une vaste initiative visant à favoriser la diversité, l’inclusion et combattre le racisme dans le milieu de l’audiovisuel, du numérique et des industries culturelles en général. Celle-ci se déclinera sur le Web, en vidéos, podcasts, reportages et visibilité dans nos publications et plateformes et s’inscrit dans la durée. Pour mener à bien ce projet, nous sommes la recherche de partenaires institutionnels et privés pour nous accompagner dans cet engagement. Il est possible de contribuer ou de soutenir cette initiative en > cliquant ici <. https://bit.ly/3hLZUZn - Pour en discuter, nous vous invitons à contacter Laura Taloté, laura lienmultimedia.com ou Steeve Laprise, slaprise lienmultimedia.com.

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