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    Serge Denoncourt inquiet de l’avenir des arts vivants

    21 mai 2020, 07h29
         |      Article rédigé par Sophie Bernard.

    2020 devait être la plus grosse année à vie du metteur en scène Serge Denoncourt. Le 17 mars devait commencer la présentation de « Mademoiselle Julie », au Théâtre du Rideau Vert. Les représentations devaient se terminer le 18 mai. Il devait également s’envoler vers la France pour les auditions de deux comédies musicales, dont « Je vais t’aimer », un « Mama Mia » à la française autour des chansons de Michel Sardou. Il devait également mettre en scène « Carmen » au Pacific Opera à Victoria, en Colombie-Britannique ; et « Arlequin, serviteur de deux maîtres », de Goldoni, au TNM. Sans compter un projet en Italie. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’inquiète, moins pour lui que pour les jeunes créateurs dont l’élan de carrière vient de s’arrêter net, nous dit-il en entrevue.

    Serge Denoncourt inquiet de l’avenir des arts vivants Serge Denoncourt.Photo: Huguette & Prosper

    « Je ne sais pas si le gouvernement va aider les arts vivants, la danse et le théâtre jusqu’au bout, confie-t-il. Ils ne pourront plus être en salle, on est pris en otage. Mais les théâtres ne peuvent pas fermer, sinon ils perdraient le soutien gouvernemental. » Donc, en théorie, les artistes n’ont pas perdu leur travail. Lorsque la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a évoqué l’idée d’une réouverture des salles cet été, Serge Denoncourt n’a pu que constater qu’elle ne connaissait réellement pas le métier des arts vivants. Car, si un spectacle pouvait être présenté cet été, c’est dès maintenant qu’il faut commencer à le préparer. « Je sais très bien qu’on ne pourra pas jouer cet automne, il faut attendre les directives du gouvernement », s’inquiète le metteur en scène.

    La ministre Roy dit toujours travailler en coulisses et que des annonces vont être faites, mais le milieu des arts vivants attend toujours. « Il y a un truc qui m’insulte, on parle de déconfinement, de reprise des travaux de la construction, d’ouverture de magasin, de sport. Et nous, qui sommes des travailleurs, personne ne nous parle de reprise, lance Serge Denoncourt. Nous sommes dans l’inconnu. » Si les artistes sont des travailleurs comme les autres, des mesures doivent être annoncées pour leur reprise aussi.

    Ne lui parlez pas de réinvention ! C’est le propre des artistes de se réinventer, affirme Serge Denoncourt, ils le font tout le temps. « Me réinventer sur les plateformes numériques, ce n’est pas mon métier, dit-il. C’est comme demander à un pilote d’avion de devenir chauffeur d’autobus. Il ne remet pas en question le choix de ceux qui désirent le faire. Mais, plutôt que de faire un demi-projet, il préfère attendre. Mais en choisissant de présenter des prestations en ligne, on se fait complice des GAFAM. Le metteur en scène s’inquiète pour le droit d’auteur, la propriété intellectuelle. « On passe notre vie à se faire dire que notre travail vaut quelque chose, s’irrite-t-il. On m’appelle et on me dit "Serge, on a une captation de ton spectacle, est-ce qu’on peut le mettre en ligne gratuitement ?". Mais je devrais être payé pour ça ! »

    Et ne lui parlez pas non plus de l’initiative « Connexion Création » du Conseil des arts du Canada et de Radio-Canada. Pour lui, donner 5 000 $ pour un projet, c’est du « cheap labor » et cela crée beaucoup de précédents. Comme de nombreuses personnes pratiquant les arts vivants, Serge Denoncourt n’a pas digéré le billet de Simon Brault dans La Presse, le 19 avril dernier. Pas plus que l’explication du directeur et chef de la direction du Conseil des arts voulant qu’il ait été mal compris.

    « Une lecture de textes sur Zoom, ce n’est pas mon métier, insiste-t-il. Une lecture, ça se passe dans une salle de répétition. J’ai d’ailleurs refusé de le faire. Je sais qu’il va y avoir des changements, mais je ne veux pas faire de concessions sur le travail d’artistes. Les gens qui font du numérique, c’est leur boulot. On a souvent annoncé la mort du théâtre : à l’arrivée de la radio, à l’arrivée de la télévision. Mais les gens ont besoin de se rassembler. » Il pense aussi aux jeunes acteurs, metteurs en scène, concepteurs, pour qui la crise s’avère une hécatombe. Est-ce que ces jeunes vont pouvoir toucher la prestation canadienne d’urgence pour la prochaine année ? Serge Denoncourt ne le sait pas.

    Le metteur en scène lit ce qui se dit dans le monde. En Allemagne, l’État a investi 50 milliards d’euros rapidement au début de la crise, soit 76 milliards $CAN, et, le 9 mai dernier, la chancelière allemande Angela Merkel a avancé l’idée d’un plan de relance pour la culture. Les théâtres de Broadway, des entreprises privées rappelle Serge Denoncourt, resteront fermés au moins jusqu’au 6 septembre. Et si on ouvre les salles au Québec en septembre, est-ce que le public voudra y entrer ? Un sondage de Léger 360, pour le compte de iCible, entreprise qui gère la billetterie TUXEDO, et de RIDEAU, le regroupement des salles de spectacle à travers le Québec, a démontré que les gens se montreraient hésitants, particulièrement pour les salles de plus de 250 places. Et ça, ni le ministère de la Culture ni le Conseil des arts n’en parlent, dit-il.

    Les arts vivants ne provoquent pas les retombées économiques qu’en salle, explique-t-il. Toute une économie en dépend. Quand il monte une pièce au TNM, les restaurants, les bars, les commerçants et même les stationnements en bénéficient. Il existe toute une économie autour des salles de spectacle dont il faut parler, croit Serge Denoncourt.

    « Mon inquiétude n’est pas juste pour moi, j’ai 58 ans, j’aurai eu une carrière, dit-il. Il y a beaucoup de jeunes dans le milieu et, pour plusieurs, la scène représentait leurs revenus. Ils vont avoir faim et vont quitter le milieu. Tout l’écosystème va en souffrir. Et quand les tournages vont reprendre, les acteurs n’iront pas au théâtre, ils iront tourner des séries. Les séries et le théâtre vont se trouver en confrontation. » Ironiquement, ce sont les artistes et artisans en arts vivants qui sont les plus pauvres qui retourneront au travail le plus tard.

    « Les gens qui ne font pas notre métier me demandent pourquoi je n’en profite pas pour écrire, les acteurs se le font demander, s’amuse à demi Serge Denoncourt. Nous, on travaille avec les mots des autres ! On me demande aussi pourquoi je ne vais pas faire des trucs sur Facebook, mais ce n’est pas mon métier de lire "Cyrano" devant mon écran de téléphone. »

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