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Les objets d'apprentissage au coeur d'un nouveau paradigme: la coopération expliquée par Jean-Michel Cornu
Jean-Michel Cornu, expert en société et technologies de l'information et directeur scientifique de la Fondation Internet Nouvelle Génération (France), expose sa définition d'un projet coopératif, aux antipodes de la gestion traditionnelle. Le principe, selon lui, n'est pas de planifier, mais de créer l'abondance en facilitant l'implication des gens et en diminuant les éléments critiques du projet.
«Comment faire en sorte que des gens travaillent ensemble?», demande-t-il. Pour répondre à cette question «et plutôt que de chercher d'abord dans le monde de l'éducation, on a cherché dans tous les domaines où les gens pouvaient coopérer». La recherche scientifique et le logiciel libre en sont des exemples probants. «On a donc testé ces règles sur des télévisions communautaires, sur la fête de l'Internet mondial, sur le groupement international des botanistes francophones et· stupeur on est arrivés à un paradoxe»: la gestion coopérative se fait à l'inverse des règles traditionnelles de la gestion de projet. Explications. Lorsque les ressources sont rares, la méthode de gestion de projet consiste à prévoir et à planifier. «Imaginez maintenant que l'on veuille essayer d'innover, de créer, d'inventer ensemble: on se retrouve obligatoirement dans un monde imprévisible». Dans ce cas de figure, «la meilleure façon de procéder serait d'avoir une abondance de choix et de regarder à posteriori, qui a trouvé les meilleures idées». Puis il ajoute «Antoine de Saint-Exupéry dit la même chose de façon beaucoup plus simple: pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible.» Le problème, dit-il, c'est qu'«on sait rendre les choses rares, mais on ne sait pas les rendre abondantes. Nos économistes nous ont appris que lorsqu'on produisait trop de pommes et bien on les mettait sur une route et on les brûlait de manière à re-fabriquer de la rareté.ÊPrenez ce petit proverbe bien connu: si tu donnes un poisson à un homme il se nourrira une fois, si tu lui apprends à pêcher, il se nourrira toute sa vie. Le grand secret derrière tout ça c'est qu'un poisson est ce que les économistes appellent un bien rivalÊ: lorsque vous le donnez, vous ne l'avez plus. Si par contre vous donnez l'information sur comment pêcher, vous l'avez encore, elle s'est multipliée. La règle du jeu n'est donc plus la mêmeÊ: à condition de ne pas pêcher tous les poissons de la mer, on peut créer une certaine abondance.Ê»«Coopérer, explique J-M Cornu,Êc'est s'organiser pour que l'intérêt individuel aille dans le sens de l'intérêt collectif. ÊAvoir une abondance veut aussi dire avoir des mécanismes de fonctionnement différents [d'un monde aux ressources rares]». Par exemple, il faut avoir une vision à long terme: un projet court, sans lendemain, n'incitera pas les gens à coopérer. Tandis que dans un projet à long terme, tous les individus ont intérêt à coopérer, pour ne pas «s'exclure du groupe et donc de tout le futur». Selon lui, les scientifiques nous ont appris que la meilleure façon de récompenser la contribution individuelle dans un projet coopératif était l'estime de ses pairs. Le problème est que l'estime ne se mesure pas.Ê «Je ne sais pas comparer l'estime que je vais avoir de quelqu'un par rapport à l'estime que vous allez avoir de la même personne». Autre problème à résoudre: la fragilité du projet face à l'abandon d'un coopérant. La structure «en chaîne» ne fonctionne pas en mode coopératif, nous dit-il, car «il suffit qu'un seul maillon casse pour que l'ensemble se casse la figure». Une organisation où plusieurs personnes travaillent en parallèle est beaucoup plus appropriée. «Si vous voulez créer, innover ou inventer, essayez de provoquer au maximum l'abondance de personnes et d'idées». Pour coopérer, il faut multiplier les possibilités, dégager les éléments critiques et les éliminer.Ê«Dans une gestion de projets classique, on identifie les éléments critiques, et on se concentre sur eux. Dans une gestion de projet coopératif, on va faire l'inverse: les diminuer, voir réorganiser différemment le projet.» «Comment faire en sorte que les gens qui vont participer à votre projet s'impliquent? Vous pouvez les payer pour qu'ils se mobilisent, vous ne pouvez pas les forcer pour qu'ils s'impliquent.» Pour cela, «il faut comprendre ce que cherchent les gens», quelles sont leurs motivations? L'expert dégage alors plusieurs éléments de réponse à partir de la pyramide de Maslow: l'apprentissage, le plaisir, la reconnaissance des autres, l'estime et la réalisation de soi sont les motivations décisives de l'Homme. «La règle du jeu c'est d'augmenter la motivation de chacun et de diminuer ses freins. Si on fait l'un moins l'autre, on arrive à une sorte de seuil d'implication.» J-M Cornu termine son intervention par quelques conseils aux gestionnaires de projet afin d'abaisser ce seuil d'implication: - «faites les choses les plus simples, si votre projet est très compliqué à comprendre, vous êtes sûr que les nouveaux venus auront beaucoup de mal à s'impliquer»; - «soyez réactif» et le jour où quelqu'un pose une question, répondez rapidement, c'est une chance qu'il s'implique; - «soyez opportuniste»; - «soyez fainéant, déléguez, faites en sorte que l'intelligence du groupe soit supérieure à la vôtre.» Toute l'expertise de Jean-Michel Cornu en gestion de projet coopératif se retrouve dans son livre La coopération, Nouvelles approches, écrit en avril 2001 et disponible gratuitement en ligne à http://jmichelcornu.free.fr/cooperation/index.html [Nicolas Perrin]
Article mis en ligne le 06 décembre 2004
Publié dans Le Lien MULTIMÉDIA par FAX/PDF semaine du 06 déc. 2004 (vol. 10 no 43)
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 Jean-Michel Cornu |

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 Les RIMA remercient le ministère de la Culture et des Communications du Québec grâce à qui la publication de ce cyber-reportage est rendue possible.
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