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René Morel, créateur de nouveaux mondes
Il ne se prend pas pour Dieu mais participe assurément à la création d’un nouveau monde, René Morel, «computer artist» - artiste 3D, dessine des humains virtuels dont les traits se confondent avec les nôtres.
Comme on peut le voir sur le visage de ses personnages, l’humain de synthèse devient de plus en plus trompeur. Pourtant, rien n’est moins simple que de tenter de trahir l’œil par des choses aussi communes. «Créer des humains est ce que j’aime le mieux faire car c’est un "challenge" incroyable et les problèmes sont complexes, explique René Morel. L’oeil humain est habitué à voir les réactions humaines, si ça ne fonctionne pas, si ce n’est pas naturel, les gens vont le voir tout de suite. Autant la modélisation que l’éclairage, la texture que le modelage, il faut être un bon chef d’orchestre pour rendre le tout crédible. Il faut que tous les paliers de la production soient forts, que tout soit cohérent, un seul raté et c’est l’ensemble qui a l’air faux.» Comment fait-on naître le faux, qu’est-ce qui inspire René Morel ? «L’inspiration c’est la réalité, tout simplement, dit-il. Je regarde les photographies, les expressions faciales, comment les gens réagissent.» Le 3D est encore une forme artistique très jeune pour que l’artiste s’inspire des autres créateurs. René Morel admire plutôt le travail des peintres anciens du courant réaliste, tels Rembrant et Velasquez qui ont eu, eux aussi, à faire face à des problèmes similaires, en 2D. L’art du 3D Recréer quelque chose de sensible et de réaliste avec justesse, c’est ça, l’art du 3D selon René Morel. «C’est important de pousser une vision artistique dans le 3D, dit-il. Ce doit être beaucoup plus qu’une reproduction de la réalité sinon ce serait futile ou inintéressant. Ce qui est intéressant, c’est de dévier du réalisme pur pour en arriver à une oeuvre.» Selon l’artiste, le 3D doit servir à autre chose que le cinéma traditionnel qui se contente de reproduire le monde réel. Il faut viser un décalage volontaire avec la réalité pour créer des projets plus ou moins artistiques, des mondes plus ou moins près du quotidien, mais différents. «En 3D, tout est possible, on peut faire des choses différentes, complexes, tordues, ce sont ces possibilités qu’il faut exploiter pour faire des œuvres différentes.» Pour René Morel, le projet Amazon Soul est un rêve qui commence à devenir réalité. Un moyen unique de développer des personnages avec toute l’application nécessaire pour les rendre le plus réalistes possible, sans "deadline" de production. Le site Web du projet propose une bande dessinée interactive pour adultes qui progressera au fil des semaines. Un mélange de science-fiction et d’érotisme avec des décors et des personnages qui sont faits pour nous y faire croire. Son format propose des cases en 2D, des cases en 3D, avec, dans certaines, des clips animés où l’on verra les personnages en action. René développe les personnages : le viril aventurier Dick et la plus que pulpeuse Mika dans des paysages 3D et sur un scénario tous les deux réalisés par Vincent Rouleau, son complice dans cette aventure. On pourra même suivre le processus de création car de nouvelles images, en cours de développement, ou récemment terminées, seront mises en ligne sur le site de façon régulière. Un projet développé à deux pour le moment, un projet viable et possible à faire à deux. Avec des perspectives de développement commercial avec une plus grande équipe s’il y avait du financement. Est-ce que ce créateur de nouveaux mondes pense que l’on pourrait se lasser de l’ancien ? «On pourrait dire l’inverse aussi : on pourrait, dans dix ans, se lasser du 3D, répond René Morel. Il s’agit présentement d’un art qui a le vent dans les voiles. Le virtuel est à la mode et il faut en profiter. Les possibilités sont énormes et c’est certain que dans les prochaines années, il va se passer beaucoup de choses dans le domaine. Je suis confiant qu’on pourra encore s’amuser pendant un bon bout de temps avec le 3D !» René Morel, parcours Après des études en arts plastiques alors qu’il travaillait comme illustrateur publicitaire, un ami lui fait découvrir l’informatique et il fait le grand saut. Du dessin et de la sculpture, René Morel découvre les prémisses de ce que l’ordinateur lui permettra de faire par la suite. «C’est clair qu’avoir touché au dessin et à la sculpture me permet de voir les choses un peu différemment, avoir encore la sensation de ce que j’ai fait, et continue de faire, avec la peinture, la sculpture.» René Morel a débuté sa carrière d’artiste 3D en travaillant, à la pige pour la modélisation et les textures chez Taarna, sur le court métrage The Boxer, un film d’animation 3D devenu un grand classique du cinéma d’animation québécois. Il entre ensuite chez Behaviour Entertainment où il travaillera aux éclairages et aux textures, puis passe un an dans l’idyllique Hawaii, chez Square USA. Il est spécialiste des textures sur le méga-projet de film Final Fantasy, inspiré de la série de jeux vidéos, film dont la sortie avait été annoncée pour cette année. Il revient à Montréal en 1999, chez Icestorm Digital à titre de directeur artistique puis retourne à son compte. René Morel se consacre depuis la mi-janvier à un très intéressant projet, encore non-annoncé officiellement au moment de la rédaction de cet article : un laboratoire pour le développement de personnages humains photo-réalistes. [IL]
Article mis en ligne le 05 mars 2001
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 René Morel |
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