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Entrevue avec Éric Clin président directeur général de Thematis (Web-télé nouvo.com)
En mars dernier, nouvo.com remportait le prix de l'Association du Festival International du Film de l'Internet (FIFI) 2000. Un premier honneur, avant même son lancement, pour la web-télé de divertissement destinée aux 25-35 ans. Ce prix couronne «une entreprise ou une technologie, permettant l'invention de modèles économiques, l'innovation des contenus ou encore la mise en avant de créations propres au “digital cinema” ou Digima». À cette occasion, nous avons rencontré Éric Clin, président de Thematis dont nouvo.com est le premier projet.
Entrevue réalisée par Isabel Lapointe publiée en collaboration avec
.GIF) - À nouveau entrepreneur? Il y a quelques mois en France, on a commencé à parler du haut débit et comme c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé. J’ai décidé de quitter la société qui m’employait pour revenir à mon compte, relancer une autre entreprise. Je trouvais le Web vraiment ennuyant. Les gens sur le Web ne sont pas tous intéressés par les sites boursiers, pas tous intéressés à faire des achats! D’un autre côté il y a plein de contenus intéressants qui sont créés et qui ne trouvent pas de plateforme de diffusion. - Que sera nouvo.com? Cette web-télé aura deux aspects. Un côté magazine avec des journalistes, des chroniqueurs, des billets d’humeur qui va faire un panorama hebdomadaire des «bons plans» mais avec un ton, un petit clin d’oeil puisqu’on s’adresse aux 25-35 ans. L’autre côté sera l’aspect de la diffusion audiovisuelle de type vidéoclips, dessins animés, voire même des courts ou des longs métrages. - Donc une partie des contenus en partenariat? Partenariats, acquisitions et co-productions. On a déjà acheté un dessin animé et plusieurs courts métrages. Nous disposons d'un budget entre quatre et cinq millions de francs pour les achats cette année. Ce budget devrait d’ailleurs augmenter car à terme nous souhaitons devenir un véritable site de «video on demand» avec la possibilité de diffuser un grand nombre de contenus divertissants sur le Web. - Des contenus à la demande payants? Dans un premier temps gratuits. Rapidement je crois que la publicité et la commandite qui sont présentement les seules façons de financer du contenu en France devront être complétées par l’achat par les internautes de contenu. Mais il faut que ce soit des contenus vraiment attrayants. Je crois que la vidéo sur demande exige une qualité bien plus grande que la télévision où, à la limite, l'internaute reste passif. Il ne faut pas qu'il regrette d’avoir payé! - Voulez-vous devenir le Canal+ (télé câblée jeune et branchée) du Web? Beaucoup de gens nous comparent mais nous ne visons pas le même public et les mêmes formats que la télévision. En fait nous sommes plus en concurrence avec les sites actuels. En France en ce moment, les sites qui naissent sont des sites de services, de commerce électronique, boursiers, etc. Les marchands ont pris le temple. Nous pensons qu’il y a un retour du contenu avec des possibilités énormes et c’est ce que nous avons envie de faire. Nous pensons que les fonds que nous avons levés, et la nature de ces fonds, prouvent l’intérêt pour les sites de contenu. Les gens vont se lasser des services et vont vraiment transformer le Web en média et aller voir des sites de contenus. - Votre partenaire EMAP est une mine de contenus! En ce moment, nous sommes justement en train de faire la tournée des rédactions d’EMAP (Studio Magazine, Télé-Star, Top Santé, Auto-Plus, etc.) pour définir les coproductions de contenu, partenariats, co-branding, etc - Les animateurs et reporters seront des journalistes, des stars formées au Web? Il y a tous les types. D’une part, nous avons passé une petite annonce dans le quotidien Libération et avons reçu plus de 400 CV. Nous avons eu une soixantaine de personnes en casting, on essaie de découvrir de nouveaux talents. D'autre part, on contacte aussi des gens connus qui pourraient avoir envie de s’exprimer ailleurs qu’à la télévision. - Des vedettes? On est en train de chasser du monde. On a deux, trois petites vedettes mais on essaie de trouver des gens plus connus d’ici l’été. On devrait trouver. On a des bons échos. - Vous aurez une grille de programmation traditionnelle? C’est vraiment sur le concept de la demande. Intemporel. On aura des thématiques générales, une «Une» mise à jour quotidiennement mais toutes les chroniques seront des petits formats de quelques minutes que les gens choisiront. - Vous faites la conception et le développement à l’interne? Concernant les développement initiaux, nous avons fait appel à une agence mais nous avons maintenant une équipe à l’nterne qui s’occupera du graphisme et de la technique. Six personnes en tout dont un webmestre, un créatif, deux ingénieurs et deux développeurs. Nous souhaitons une maquette évolutive. - L’ADSL, le câble en France ça commence à peine quel est votre potentiel? Nous avons fait des tests avec des des modems 56K, 28 kbps et 33 kpbs on oublie mais 56 K cela commence à bien fonctionner. Mais c’est vrai que pour nous le potentiel est dans le haut-débit: l’ADSL, le câble qui renaît en France, le satellite dont on parle. On rencontre tous ces gens. Pour le moment, nous avons un public potentiel de 100 – 200 000 personnes. Ce n’est pas un public énorme mais c’est un public très fidèle qui a pris un abonnement à ce genre de service pour avoir accès à notre type de produit. Enfin, nous sommes une chaîne thématique, on ne veut pas devenir une chaîne généraliste. - C’est destiné aux Français? Aux francophones. Je vais revenir faire une tour au Québec bientôt! J’ai pris des contacts, avec le réseau TVA entre autres. Pour les autres pays européens francophones, la différence n’est pas aussi flagrante. - Pour faire des compléments de contenu ou des versions québécoises? Il est clair qu’à court terme ce sera des compléments mais c’est vrai que j’aimerais bien monter une petite équipe là-bas et pourquoi pas faire nouvo.qc.ca! Ce n’est pas une priorité. Notre prochain développement est en Angleterre en avec une équipe sur place. Nous préparons pour cela en juillet-août une autre levée de fonds. On espère obtenir 50 millions de francs. - Quels sont vos sources de revenus: la publicité et commandite? À court terme ce sera cela. Rien n’est signé pour le moment, c’est difficile de vendre un site en France avant son ouverture mais nous avons de bons contacts. Nous avons aussi fait des levées de fonds pour nous donner du souffle avant de trouver des annonceurs. Quant à la vidéo sur demande, j’espère que dans les 12 prochains mois nous aurons un ou deux programmes en exclusivité sur le site. - Les «majors» du cinéma ont laissé entendre qu’ils ne s’intéresseraient pas à Internet avant deux ans. Si c’est leur discours je pense qu’ils vivront la même chose que ceux du disque et que d’autres auront pris des parts de marché. J’espère que nous en ferons partie! De plus, les distributeurs n’ont pas aujourd’hui les droits Internet de leurs films comme les télévisions n’ont pas ceux de toutes leurs émissions. C’est pourquoi je crois que tout est jouable. - Et l’avenir? D’autres chaînes pour d’autres groupes d’âges? Peut-être davantage par thème. J’aimerais bien faire quelque chose sur le sport. Il n’y a rien de ce type en France.
Article mis en ligne le 10 avril 2000
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Éric Clin est connu au Québec pour avoir fondé Raid Multimédia, certainement l’une des premières agences de cybereportage francophone du monde. Il est retourné en France en 1998 pour rejoindre l’agence de multimédia Pictoris, rachetée il y a quelques mois par Agency.com. Il en fut le directeur du développement. En septembre 1999 il a fondé, en compagnie d’un partenaire, Thematis, une entreprise d’édition de programmes vidéo pour le Web. La société annonce en mars qu’elle a trouvé de puissants alliés en complétant un premier tour de table à hauteur de 12 millions de francs (environ 2,55 millions $). Parmi les investisseurs, EMAP, 3e groupe de presse en France, 1er en Angleterre et 4e aux États-Unis. Thematis doit lancer ce mois-ci nouvo.com, une Web-télé de divertissement pour les 25-35 ans. | |
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