|
Plein la vue : L’avenir de la télévision
Lorsque le vice-président des technologies d’une importante station privée de télévision déclare publiquement, lors d’une conférence organisée par SGI, que les réseaux à large bande vont bientôt menacer les télédiffuseurs sur leur propre terrain, il y a de quoi se questionner.
Ces paroles, elles ont bel et bien été prononcées par le V.P. technologies de TVA, Dany Harrison lors du Salon des médias numériques de Silicon Graphics. En mettant en contexte 50 ans de télévision en Amérique, M. Harrison n’a pas manqué de préciser que pour la première fois, les cotes d’écoutes globales des télévisions publiques et privées étaient à la baisse, et ce, au moment même où celles d’Internet, elles, sont à la hausse. Pour Dany Harrison, ce sont à la fois de bonnes et de mauvaises nouvelles. Mauvaises parce que les cotes baissent, évidemment, et avec elles le potentiel de revenus publicitaires, et bonnes parce que tous ces nouveaux médias auront besoin de contenus… Et c’est précisément la transformation que le Groupe TVA est en train d’effectuer : abandonner le simple rôle de télédiffuseur pour assumer celui, beaucoup plus large, de fournisseur de contenus. Déjà, le Groupe a réussi à étendre son antenne d’un océan à l’autre. De toute évidence, les contenus Internet audio-visuels sont pour bientôt, dès que la bande passante le permettra. Pour une entreprise comme IceStorm, qui a pris en charge en 1998 la production des effects spéciaux haute définition de la première télésérie HDTV au monde, “ Les aventures de Jules Vernes ” (tournée à Montréal!), l’avenir de la télévision traditionnelle est aussi en transformation. Qu’elle se dirige vers Internet, la réception numérique domestique ou la haute définition, une chose est sûre : d’ici 5 à 7 ans, la télévision telle que nous la connaissons n’existera plus. John Poisson, directeur général de IceStorm, le confirme : “ même le cinéma se transforme, et la nouvelle technologie de tournage vidéonumérique à haute définition, le 24P, est en passe de devenir le prochain format universel de production, petits et grands écrans confondus. ” De fait, le prochain Star Wars en sera le premier prototype au grand écran… Ajustez vos lunettes! Il paraît que les meilleurs directeurs photo s’y perdent en conjectures! Du côté de l’ONF, même son de cloche sur les transformations rapides : René Villeneuve, directeur du service technique et informatique, déclare non sans humour que “ si vous avez choisi ce milieu parce que vous croyez que c’est le bon endroit pour vous assurer un avenir, alors bravo. Mais si vous l’avez choisi en espérant sécurité et stabilité, alors vous feriez bien d’oublier ça! ” En effet, le milieu est tout sauf stable. Internet vient à peine de franchir les portes de nos résidences ces dernières années qu’on nous parle déjà d’expériences tenues avec les réseaux parallèles Internet 2 et 3!! M. Villeneuve dit en effet expérimenter, à l’ONF, la diffusion à la demande avec le système DirecPC de Télésat, sur une bande passante de 3 Megabits/sec…De quoi faire rêver les inconditionnels de RealNetworks! Quant à elle, Wam!Net n’est pas en reste. Maison de services américaine spécialisée dans les rendus d’animation et dans les accès IP à très large bande, et représentée à la table ronde par Don Ritzman, Wam!Net soutient que d’ici 2 à 3 ans au maximum, le réseau global d’échange d’informations sera presque totalement numérique… “ Peu importe le contenu, s’il est numérique, il sera livré! ” Cet optimisme bien américain, appuyé par l’avance de nos voisins du sud dans l’implantation de la télé numérique confirme à tout le moins la nature de la phénoménale convergence qui frappe à nos portes. Pour René Villeneuve, c’est une “ explosion à gérer ”. Mais pour monsieur-madame-tout-le-mode, ce sera probablement un formidable casse-tête de nouvelles boîtes noires à connecter… Un compte-rendu de Bruno Fortin
Article mis en ligne le 24 mars 2000
|
|
|