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Olivier Soussy, président de l'agence de communications interactives Digital Attitude
Olivier Soussy a passé quatre années mouvementées au Québec. D'abord comme directeur de groupe média chez Cossette puis avec sa propre agence de représentation publicitaire Soussy.com. Il raconte son épopée en terre québécoise et son retour en France.
- Qu’est-ce qui vous a amené à Montréal? Je suis venu à Montréal, pour des raisons personnelles et professionnelles. Du côté personnel, l’arrivée d'un bébé et notre volonté de le voir grandir et de lui donner le maximum d'attention dans les premières années de sa vie nous ont amené au Québec pour y trouver une meilleure qualité de vie. Au niveau professionnel, la sensation que j'étais «sur des rails», que je savais ce qui allait m'arriver dans les dix prochaines années m’avait donné envie d’apporter du changement dans ma vie. J’avais aussi envie de voir ce dont j'étais capable dans un environnement nouveau. - Votre première expérience à l’agence de publicité Cossette? Chez Cossette j’ai eu énormément de plaisir à travailler avec les équipes très professionnelles et très convergentes dans toutes les disciplines de communication! J'ai aussi appris beaucoup sur la façon de travailler en Amérique du Nord, sur les marchés, sur les médias, etc. - Vous avez ensuite lancé votre propre agence représentation publicitaire sur Internet. Avec Soussy.com, c’était l'aventure «contrôlée». D'abord j’avais la vision qu’Internet était l'avenir de la communication, et surtout, je voyais l’importance des nouveaux rapports qu'entretiendraient les internautes avec les marques! Je me suis alors lancé dans la création d'une maison de représentation sous la pression amicale de certains sites qui étaient dépourvus de force de vente et, surtout, du langage et des arguments pour vendre le medium, d’abord, et les espaces, ensuite. J’avais aussi le désir d'être à l'origine d'un nouveau marché, mais surtout l'envie d'apporter toute ma conviction et ma force de persuasion dans ce nouveau territoire. Ce «nouveau Far-West»? Ce fût un succès rapide, non seulement au niveau de la fédération des sites indépendants et des sites de médias traditionnels, mais aussi au niveau des annonceurs. Bell Canada, mais aussi Microsoft, IBM, Auto by tel, Banque Nationale, etc… - Mais vous avez vendu votre entreprise? Il y a eu l'arrivée d’une «épée de Damoclès» au-dessus de moi. En juillet-août 1997, alors que la boÎte existait depuis janvier, Pluricom (Marc Copti et Normand Drollet) m’ont fait comprendre qu'il FALLAIT qu'ils prennent des actions dans mon entreprise pour contrôler les flux financiers de la Toile. Sinon, il était «possible» qu'ils me retirent la représentation du site! J'ai cédé, pour ne pas risquer de perdre la représentation de la Toile. Il y a eu ensuite le non-paiement des commissions de la Toile à Soussy.com, ce qui fragilisait mon entreprise qui n'avait plus de trésorerie alors que j'avais 5 salaires à payer. Puis l'entrée dans le capital de Soussy.com d'investisseurs qui consolident leurs parts avec celles de Drollet/Copti, la perte de contrôle de l'entreprise, la bagarre juridique et mon éviction de l'entreprise car je n'avais plus les moyens de me battre contre ces financiers... - Vous vous êtes maintenant relancé en affaires. Avec Digital Attitude c’est une nouvelle aventure, SEUL, sans actionnaire (j’ai été un peu, beaucoup traumatisé, tout de même!) et très vite l'arrivée de clients qui me font confiance et qui me donnent un coup de main alors que je suis tout de même «dans le trouble» : Radio Canada m’a donné un mandat de consultation, La Capitale pour qui j'ai organisé un séminaire, TVA aussi pour de la consultation, Le Journal de Montréal, La Banque Laurentienne. Ce qui me faisait chaud au coeur, et me permettait de manger aussi! - La fin des problèmes? Digital Attitude a été créée en juillet 98; elle a marché très vite très bien; mais il y a eu un autre problème. Lorsque j'étais chez Soussy.com, j'avais permis à Bastien Beauchamp et Beat Richert de se rencontrer et je leur avais suggéré de monter une agence de publicité interactive pour plusieurs raisons: - l'opportunité réelle dans ce domaine; - la capacité d'une agence à recommander à des clients d'investir sur Internet, donc en partie sur les sites que je représentais; - l'envie de pousser ces deux personnes, en qui j'avais confiance et qui étaient deux personnes de valeur. Je leur avais avancé l'argent pour acheter leur premier ordinateur, je leur ai prodigué de nombreux conseils, je leur ai ouvert mon carnet d'adresses. En échange de quoi, ils m'ont donné un pourcentage de leur nouvelle agence, 2b Interactive. Ils m'ont beaucoup soutenu, moralement et personnellement, lors de mes déboires avec Pluricom. D'ailleurs, les actionnaires de Pluricom ont joué sur le fait que j'étais actionnaire de 2b Interactive pour argumenter dans leur dossier que j'étais actionnaire d'une entreprise concurrente à Soussy.com ce qui, bien entendu, était faux puisqu'au contraire, cette entreprise était censée accélérer le développement de Soussy.com. Se faisaient-ils plus bêtes qu'ils étaient? Ne comprenaient-ils rien au «business» de la publicité? J'avoue aujourd'hui encore que je ne sais pas! Lorsque j'ai été évincé de Soussy.com, les 2b m'ont proposé d'intégrer la compagnie, ce que j'ai refusé, ne souhaitant pas me relancer dans une entreprise avec des partenaires. Comme j'avais une clause de non-concurrence avec Soussy.com pour un an et que je venais de revendre à Beat et Bastien mes parts de 2b, il fallait bien néanmoins que je travaille. Suite à une réunion avec eux, je leur ai annoncé que j'allais monter une boîte de conseil sur Internet qui s'appellerait Attitude Digitale; nous avons convenu d'une entente cordiale sur le terrain. Enfin, c'est ce que j'avais cru! Je me suis par la suite aperçu qu'ils avaient déposé le nom de domaine Attitude Digitale, sans tiret (www.attitudedigitale.com), auprès d'Internic. Ils avaient aussi commencé à installer une annonce de leur entreprise. Ce n'est plus en ligne maintenant. Enfin, c'est la raison pour laquelle j'ai dû changer de nom. Cela m'a plus affecté que mon éviction de Soussy.com, car c'était vraiment un coup de couteau dans le dos. De plus, personnellement, ma belle-mère était dans le coma, allait décéder. Quelques jours plus tard, j'apprenais la revente de Soussy.com à Doubleclick et le montant de la transaction : je me sentais spolié. Bref, c'est à ce moment-là que je me suis dit que j'en avais «raz mon casque du business au Québec», mais pas de mes amis Québécois, je vous rassure. J’ai connu des gens géniaux, j'ai découvert un sens de l'accueil, de l'amitié, du respect, qui me restent. J'ai surtout appris à relativiser les choses grâce à cette expérience nord-américaine. Et puis cela m'a permis de rebondir en France. - Comment s’est déroulé votre retour professionnel en France? J’ai fait d'abord un tour du marché des gens qui comptent dans le multimédia en France. Tous m'ont reçu, au moins la moitié m'ont proposé une job et plus les salaires augmentaient, plus j'étais convaincu qu'il fallait, que je devais, me relancer à travers ma boîte! J'avais toujours mon bureau à Montréal, un savoir-faire et une expertise introuvable en France, et un carnet d'adresse très fourni à Paris. C'est reparti aussi vite qu'à Montréal: très vite des clients prestigieux et des marques de référence. - Combien d'employés, quelques chiffres? Nous sommes maintenant cinq personnes. Je pense que nous ferons en France un chiffre d'affaire de 6 MF en 1999 (environ 1,4 millions de dollars). Je prévois entre 12 et 15 MF (entre 2,7 et 3,4 millions de dollars) en 2000. - Quelques clients? EMI Music, ELLE International, TF1, BARCLAY'S Bank, le service Voilà de France Télécom et dernièrement: GMC assurances, le magazine économique L'Expansion, Psychologies Magazine et nous venons tout juste d'avoir la confirmation d'Inmarsat, les services de téléphonie par satellite de France Télécom. - Sur le site, vous ne listez que des clients québécois. C’est stratégique? Le site n'est pas à jour : pour les clients que je cite du côté québécois, nous ne faisons plus rien depuis 1999. - Dans votre communiqué vous annoncez : «Digital Attitude, fondée à Montréal». Quel est exactement le statut de cette entreprise qui a des bureaux sur la rue St-Paul et sur la rue des Dames? Montréal n'est qu'un bureau. Il n’y a plus de clients actifs; le dernier était World Lotto 2000, mais le travail que l'on nous demandait sortait de la publicité. Nous avons un partenariat très fort avec Bleuquest avec qui je partage les bureaux et qui réalisent le matériel. La force du bureau de Paris s'appuie sur le fait que toute la production de sites et de bandeaux se fait à Montréal, la gestion de clientèle se faisant à Paris. - Pourriez-vous nous faire un court portrait de la vision que vous avez des marchés de la France et le Québec? Au même titre qu'il y a des agences de pub à Montréal, il y a et il y aura des agences interactives et des sites-médias à Montréal; le seul problème, c'est que le marché est restreint à deux titres: par la taille même du marché, et par le fait que beaucoup de décisions majeures sont prises à Toronto, même pour le Québec! Ce qui veut dire une croissance du marché moins rapide que dans le reste du Canada et même qu'en France. - Le Québec a perdu son avance? De précurseur dans la francophonie, le Québec s'est fait rattrapé puis distancé par la France! Cela n'a pas pris de temps. La fierté de Mme Beaudouin n'aura pas duré... Aujourd'hui en France, vous ne pouvez pas regarder la télé, vous promener dans la rue, écouter la radio sans voir des messages, des affiches ou écouter des messages radio qui parlent d'Internet! Il y a un engouement absolument incroyable, voire exagéré, pour Internet; des levées de fonds démentielles : il n'est pas rare que des éditeurs lèvent 50 MF dans un tour de table d'investisseur pour créer leur site sur des concepts qui ont fait leurs preuves aux États-Unis! Je pense que les entreprises québécoises ont raté le coche en n'établissant pas d'alliances capitalistiques ou stratégiques avec des entreprises françaises lorsque celles-ci n'avaient pas encore le savoir-faire et le marché pour se développer. C'est juste une remarque à posteriori; il aurait certainement fallut être très visionnaire il y a deux ans pour penser dans ces termes; mais cela n'est-il pas ce que l'on demande, ce que l'on attend de nos gouvernants, de nos capitaines d'industrie? Il reste alors l'opportunité de se tourner vers les États-Unis ou de ramasser les miettes en Europe. Bravo cependant à certaines entreprises comme PTM qui, grâce à son produit-phare le mannequin virtuel, a passé des accords remarqués avec un distributeur en France! - Parmi les services que vous offrez: conception de site, publicité, gestion de base de données, quelles sont vos principales activités? Nous avons réellement concentré nos activités depuis la mise en place de notre site: nous sommes une agence de communication interactive! Nous ne prétendons pas tout faire; notre coeur de métier est la publicité interactive, en sachant qu'elle englobe la stratégie, la création, la planification et le placement média. Nous sommes à même de conseiller nos clients dans leur approche de communication sur le Net, dans les domaines de la veille concurrentielle, des relations presse/publiques, du marketing direct en ligne. - Quelle est votre approche par rapport à la clientèle, est-ce que les Français et les Québécois ont la même vision du média, la même compréhension, ont les mêmes désirs? Il y a beaucoup plus d'argent «online» en France qu'au Québec: le plus petit client investira au minimum 15 000 $ dans une campagne, les plus gros, 100 000 $ sur une campagne de 2 semaines! - Vos prospectives de développement : en France ou au Québec? Très clairement, je pense que compte tenu des budgets investis et de la croissance du marché, l'avenir de Digital Attitude est en France! Je garde cependant un bureau à Montréal parce que je trouve important de garder un oeil sur ce qui se fait en Amérique du Nord. Je pense qu'il ne faut pas se priver d'un flux d'information différent. Propos recueillis par Isabel Lapointe
Article mis en ligne le 20 janvier 2000
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 Olivier Soussy est président de Digital Attitude une entreprise de communication interactive parisienne. Il a fait ses premières armes dans le domaine de la publicité interactive comme directeur de groupe média sur les budgets de Bell Canada, Téléglobe, Schering, Novartis chez Cossette Communications Marketing. Il a ensuite fondé sa propre agence Soussy.com, une régie publicitaire canadienne francophone spécialisée sur Internet. Soussy.com a été vendue à DoubleClick, société new-yorkaise spécialisée dans la vente d’espaces publicitaires sur Internet en août 1998. Il avait auparavant été directeur média pour bureaux parisiens des agences : 154 – Testa International, Mc Cann Erickson et planificateur média pour DDB-Needham à Paris. Il a fait une Licence en Information et Communication et une Licence en Sciences Économiques avant d’obtenir une Maîtrise en Sciences Économiques de l’Université de Paris I, Panthéon Sorbonne, spécialité Économie Internationale
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