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Jean-Claude Guédon résume le contexte et les enjeux

Lhomme na sans doute plus besoin de présentation. Docteur en science, professeur en littérature comparée à lUniversité de Montréal, Jean-Claude Guédon est aussi lun des plus fervent défenseur des logiciels libres au Québec et dans la Francophonie. Branché depuis 1988, il sintéresse notamment aux applications dInternet dans les sciences humaines. Auteur du livre La Planète Cyber (Découvertes Gallimard, 1996), il a lancé en 1991 Surfaces, lun des premiers magazines électroniques scientifiques sur Internet. Son engagement pour ne pas dire son implication dans ISOC remonte à 1994. Il a coprésidé le comité de programmation dINET 96 à Montréal. Membre du comité de programmation dINET jusquen 2000, puis de nouveau engagé dans lorganisation internationale en 2002, il est pour ainsi dire le fondateur dISOC-Québec, dont il a été le premier président.

Jean-Claude Guédon était donc bien placé pour lancer les débats dISOC Francophonie 2002. Dentrée de jeu, il a tenu à souligner que cette réunion représente une page tournante pour la communauté Internet francophone alors que celle-ci démontre quelle désire se prendre en main. «Jespère quune page se tourne également pour la société mondialisée en quête de ses directions quest ISOC, ajoute-t-il. Une organisation qui doit apprendre à composer avec des regroupements un peu inattendus de la part de ses leaders actuels.» Jean-Claude Guédon fait notamment référence à ce regroupement spontané des chapitres francophones dISOC mobilisés autour de la conférence ISOC Francophonie. «Nous avons ici la chance de possiblement démontrer au monde quun regroupement politique et linguistique peut se mobiliser autour dintérêts communs, créer de nouveaux mouvements, réinstaurer des débats essentiels comme le rôle des internautes dans la société civile.»

«LInternet est quelque chose de fondamental comme cadre nouveau de fonctionnement de lhumanité, poursuit-il. Larrivée et lessor du réseau représente une évolution dun niveau équivalent à limprimerie, peut-être même à lécriture. Cela dit, comme toute technologie, lInternet ne résoudra pas tous les problèmes de la société. Cest à nous en tant quêtres humains quincombe la responsabilité dexprimer nos valeurs. Il faut apprendre à exprimer les valeurs qui nous importent à travers cet objet technologique. Serons-nous capable de trouver, ensemble, un vocabulaire commun et exprimer nos valeurs communes? Je le souhaite.»

Ayant participé pendant plusieurs années à lorganisation de la conférence annuelle INET, Jean-Claude Guédon connaît assez bien lorganisation internationale ISOC, localisée aux États-Unis et en grande partie dirigée par des Américains. Cest donc en toute connaissance de cause quil déclare: «À Reston (NDLR: siège social dISOC), on manque de sérieusement de vision. Des gens comme moi ne sont pas toujours populaire à Reston, mais peu importe. Nous devons trouver les moyens de nous faire entendre.»

«Avoir de la vision, cest très bien, mais il faut aussi mettre en application nos idées, exprimer notre vision par des actions qui se traduisent en gestes concrets sur le terrain, insiste Jean-Claude Guédon. Il faut maîtriser cette nouvelle technologie pour quelle puisse contribuer à bâtir des valeurs humaines. LInternet est un objet de convoitise multiple. Le réseau sest développé de façon inattendue, sorti de la cuisse des informaticiens, de manière un peu inorganisée. Les premiers utilisateurs ont commencé à sen servir pour communiquer entre eux sans vraiment se préoccuper des technologies et des réseaux, sans que les gouvernements et les sociétés de télécommunications naient vraiment un mot à dire.»

Jean-Claude Guédon estime que lenjeu actuel dInternet réside dans lappropriation et lorganisation du réseau. «Parce quInternet est né dans cette sorte danarchie, les gouvernements et dautres instances ne savent pas comment le contrôler. Il y a eu par le passé plusieurs tentatives de différents pouvoirs établis et moins établis de contrôler Internet. Dans ce contexte, ISOC, qui nest plus ce quelle a été, doit redéfinir son rôle. Dautres organismes ont pris en charge des éléments importants dInternet, comme ICANN (The Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), IETF (The Internet Engineering Task Force) et W3C (The World Wide Web Consortium).»

Il ne faut pas voir ISOC Francophonie 2002 simplement comme une grand-messe de lInternet francophone. «La conférence doit nous permettre détablir nos valeurs, nos visions et de trouver des moyens de les traduire en actions, poursuit-il. Il faut trouver des moyens dagir ensemble et de mettre sur pied des programmes, quitte à les soumettre ensuite aux instances ou trouver les financements requis. Cette réunion nest pas une fin en soi, mais sa seule tenue aura suffit à démontrer quun groupe de pays peut sorganiser et dire à lensemble du monde quil existe des granularité autres dans le monde. Jespère que dautres organisations comme celle-ci vont naître ailleurs dans le monde. Organisez-vous sur une base linguistique, régionale et créons ensemble un patchwork, un Web qui ne soit pas homogène et uniforme dont personne ne veut, mais plutôt une toile chatoyante où les différentes cultures du monde se rencontrent. Nous devons jeter les bases dune société qui se regroupe dans la diversité et non pas sur un mode impérial.»

Jean-Claude Guédon considère qu'ISOC est devenu un lieu où différentes instances, les grandes corporations, les gouvernements, la société civile et un certain nombre de regroupements associatifs tentent de sentendre pour former le parlement de lInternet sans toutefois lui donner une identité réelle. «Au lieu de jouer le mythe quà travers une technologie, tout le monde va réussir à se développer, ISOC devrait susciter une vraie rencontre de gens et de cultures diverses, en acceptant que ceux-ci aient parfois des désirs différents, avec ce que ça peut impliquer de conflits. Cest important pour lInternet Society que des regroupements comme celui créé pour ISOC Francophonie se penchent sur lavenir dISOC. Il nous reste à voir si ISOC acceptera de favoriser ces développements parallèles dans le monde hispanophone, arabophone, etc. qui, eux aussi, pourraient trouver des zones de regroupement intéressant. Il faut éviter de créer une utopie technologique qui ne servira personne et qui mènera forcément à une désaffectation morne et désincarnée parce quelle ne correspond à aucune réalité.» [SL]

Article mis en ligne le 25 juin 2002

 

 

Jean-Claude Guédon







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