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Faut-il reconstruire la tour de Babel?

LISOC a beau scander «lInternet pour tout le monde», ses membres se cassent beaucoup la tête à ce sujet quand vient le temps dintroduire lutilisation des langues sur le «réseau des réseaux »

Jacques Guidon, professeur au département de l'informatique de lUniversité de Nantes, pense quen tenant compte des problématiques linguistiques sur Internet et de son accessibilité aux quatre coins du globe, on se livre à un exercice schizophrène: «Internet doit son succès à lintelligence quon a eu davoir choisi un langage de base très simple, compris de tous, cest-à-dire les machines qui ont aussi leur propre langage: Apple, IBM, etc. Cétait un succès de les faire parler ensemble, car on utilise un vecteur de communication commun. Et maintenant, on veut le contraire, on demande la diversité des langues. Ça va complexifier le contexte et ça risque de recréer de multiples réseaux qui ne pourront communiquer entre eux quà partir des passerelles technologiques relativement complexes», dit-il, puis ajoute: «Il sagit dun des gros problèmes et il faudra trouver la juste mesure entre quelque chose de généralisable et qui satisfait tout le monde en même temps». Bref, on peut se demander si nous ne sommes pas en train de reconstruire la tour de Babel.

Claude Ricciardi Rigault de Nomino Technologie, une entreprise qui conçoit des outils basés sur le langage naturel, est dailleurs très critique à ce sujet: «Si on veut que lutilisation dInternet soit généralisée, il ne faut pas seulement considérer les langues de travail, celles quon utilise au bureau, sinon on tombe dans le piège des cultures dominantes. Les Inuit entre eux ne parlent pas français, ni anglais», rappelle-t-elle, en critiquant le fait quon se félicite quand on réussit à intégrer des accents, mais quon oublie les gens qui ne parlent pas les langues dominantes. «On retrouve dans ce débat les questions fondamentales de la mondialisation et dautres problèmes techniques quon ne sait pas résoudre «Les pictogrammes inuit cest bien beau, mais quest-ce quon fait avec les langues qui ne sont pas écrites, qui sont seulement orales?»

Au simple chapitre de la francophonie, Odile Ambry, vice-présidente dISOC France, critique déjà la bipolarité du Web francophone, dominé par la France et le Québec: «La notion de contenu dans la francophonie se plaque constamment à la notion de visibilité par rapport aux sites français et québécois », déplore-t-elle.

Michel Lambert, un observateur qui supervise un programme au Congo pour lONG «Alternatives», avait justement quelques remarques intéressantes à ce sujet: «Quand on parle daccès dans le Sud, on parle souvent de quincaillerie et de modems, mais on parle rarement du contenu qui vient du Sud. La plupart des sociétés civiles qui sont là-bas ny ont même pas de site Web. Quand on trouve des trucs, on ne retrouve jamais de contenu de première main, rarement du contenu congolais, par exemple, sinon cest du contenu réalisé par un Belge ou un Québécois de passage. Faudrait trouver des initiatives qui les aideraient à créer leur propre contenu.» Beau casse-tête, nest-ce pas?

Jean-François Perreault / www.lienmultimedia.com

Article mis en ligne le 12 juin 2002

 

 

Jacques Guidon


Odile Ambry


Claude Ricciardi Rigault







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