La Cinémathèque québécoise a présenté au début de 2007 le film de René Bail Les Désoeuvrés, suite à sa récente projection lors des Rendez-vous du cinéma québécois. Quatre séances, accompagnées de deux des ses courts métrages, Printemps (1956-61) et Mécanique (1957). Le programme a permis de découvrir ou de redécouvrir, pour les chanceux, l’oeuvre du cinéaste entreprise en 1959 et achevée en 2007. Les Désoeuvrés est un film précurseur à plusieurs égards. Produit de façon totalement indépendante, il a pu se permettre d’explorer des sentiers que les cinéastes de l’ONF emprunteront bien des années plus tard, comme le concept de cinéma direct, et le parler joual.
Synposis : Un dimanche, à la fin de la Grande Noirceur au Québec, quatre adolescents d’un village des Laurentides partent en exploration dans les bois avec le camion de l’oncle de deux d’entre eux.
« L’aventure des Désoeuvrés commence en 1959. René Bail, qui a déjà tourné plusieurs courts métrages, se sent prêt à entamer un premier long métrage. Il réunit quelques comédiens non professionnels qu’il met en scène dans les décors naturels du village de Pine Hill. Cependant, comme il a vu la réalisation de Printemps, son premier film 16mm, s’éterniser, il décide de fixer une date butoir pour la finition des Désoeuvrés, de laquelle il ne dérogera pas, ce malgré le fait qu’il doive laisser de côté plusieurs plans du scénario qu’il n’a pas eu le temps de tourner. Il ficelle donc à la hâte une version de 58 minutes qui ne le satisfera jamais. Aussi, préfère-t-il montrer son film dans l’intimité, à des publics réduits, et refuse-t-il d’en déposer l’original à la Cinémathèque québécoise.
Pourtant, c’est cette version qui sera présentée par Claude Jutra à la toute jeune équipe française de l’ONF d’alors, qui en restera profondément marquée. Pour plusieurs, dont Groulx, Carle, Lefebvre, Labrecque, etc. Ce film constitue un point tournant décisif et une inspiration. Les années passent, Bail subit un grave accident et cette œuvre charnière sombre tranquillement dans l’oubli... Mais, en 2002 se présente l’opportunité de terminer le film. Il entreprend donc de le « remodeler », pour le rendre conforme en tous points au scénario original. Cette version définitive, qui (vous) est ici présentée en grande première, le satisfait pleinement. Et c’est ainsi que Les Désoeuvrés peut désormais revendiquer le titre de premier long métrage indépendant au Québec. »
Richard Brouillette, producteur délégué
www.cinematheque.qc.ca